n° 157/158
« Théories et pratiques des genres  »
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résumés au 
format PDF Genre de discours et technologie discursive. Tweet, twittécriture et twittérature Marie-Anne Paveau À partir de l’exemple du réseau de micro-blogging Twitter, cet article montre que la notion de genre de discours, déjà fortement hétérogène dans ses descriptions, doit aussi intégrer les matérialités du paramètre technologique. Après un point de synthèse sur la mixité de la notion qui croise plusieurs critères de définition du genre de discours, on approfondit la notion de technologie discursive qui articule fortement matérialités environnementales et productions langagières. Cette notion est élaborée dans un cadre épistémologique postdualiste et une conception non logocentrée de l’analyse linguistique. L’activité scripturale sur Twitter, contrainte par les fameux 140 signes, est productrice de genres nouveaux (tweet, retweet ou RT, Follow Friday, etc.) mais reconfigure également des genres stabilisés. On envisage ces questions en traitant des genres conversationnels (le #ClavEd par exemple), médiatiques (le tweet comme forme de dépêche), didactiques (Twitter comme support d’activité d’écriture en classe) et littéraires (le cas de la Twittérature). Mots-clefs : Composite – Linguistique Symétrique – Technodiscursif – Technolangagier – Technologie Discursive – Twitter – Twittécriture – Twittérature – Tweet Théoriser le genre pour déjouer ses frontières et construire le sens Julien Longhi, Nathalie Garric Cette contribution aborde la problématique des genres de discours du point de vue de l’analyse de discours (AD) en prenant appui sur des productions qui (se) jouent de la  frontière entre genre politique et genre publicitaire. Après un retour sur certaines notions fondatrices de l’AD introduites en vue de saisir les espaces de normativité opératoires, un premier exemple publicitaire articulé à l’actualité politique illustre la complexité de la problématique abordée. Nous introduisons ensuite la notion de frontière  en vue d’une théorisation dynamique du fonctionnement générique du discours, puis le traitement d’un exemple, envisagé comme « moment discursif » (Moirand 2007) permet de montrer comment la notion de frontière, articulée à d’autres (généricité, idéologisation) contribue à repenser le fonctionnement des genres selon l’AD, grâce à des apports moins « traditionnels » dans la discipline, mais féconds. Mots-clefs : Genre – Discours politique – Discours publicitaire – Polémique – Frontières discursives – Interdiscours – Jeunisme Hétérogénéité des textes, hétérogénéité des genres Caroline Mellet, Fanny Rinck, Frédérique Sitri La circulation entre les genres, leur hybridité, leur mixité, participent à la dynamique des genres à l’intérieur d’une sphère d’activité ou entre sphères et correspondent à une propriété inhérente aux genres, leur caractère hétérogène. Dans cet article, nous cherchons à approcher cette hétérogénéité des genres du point de vue de ses manifestations linguistiques. Nous basant sur des recherches menées sur différents types de corpus — rapports éducatifs, remontrances parlementaires, articles scientifiques, mémoires de recherche — et mettant en œuvre différents outils de l’analyse du discours — énonciation, noms de genres, formules et segments répétés, analyse statistique — nous cherchons à mettre en évidence ce qui, dans la matérialité des textes, marque l’hétérogénéité des genres. Ce faisant nous proposons également une vision plus complexe de la notion de sphère d’activité, que nous concevons comme une notion heuristique, qui, à l’instar du genre, n’est pas donnée mais construite. Mots-clefs : Genres – Hétérogénéité – Sphère D'activité – Analyse De Discours – Bakhtine Discours rapporté et genres discursifs : quels liens ? Patricia Von Münchow Dans cet article, il s’agit d’examiner quels liens existent entre les différents paramètres caractérisant les occurrences de discours rapporté et les genres discursifs à l’intérieur desquels ces dernières apparaissent. À l’aide d’extraits d’analyses d’une série de genres discursifs (journaux télévisés, manuels scolaires, forums de discussion sur Internet, guides parentaux), notamment en France et en Allemagne, mais aussi aux États-Unis, on traite successivement les paramètres s’étant avérés les plus productifs dans la description des genres, à savoir les proportions du discours rapporté dans les documents, les sources du discours convoqué (les « locuteurs rapportés »), le marquage ou les frontières établies entre le discours « même » et le discours « autre » (selon les différents types de sources) ainsi que la modalité d’énonciation des énoncés « rapportants », les marques caractéristiques et les appréciations portées ou non par le locuteur rapportant sur l’acte rapporté. On s’efforce ainsi de mettre au jour l’influence primordiale du genre discursif sur les proportions et les modalités d’apparition du discours rapporté, même lorsque d’autres « niveaux », comme par exemple la communauté ethnolinguistique, sont également déterminants. En raison de cette influence, les actualisations récurrentes du discours rapporté permettent certes de mieux comprendre le fonctionnement des genres et de les distinguer les uns des autres, mais certaines marques ne peuvent être considérées comme relevant du discours rapporté que lorsqu’on inclut justement le genre dans les critères d’identification. La relation interprétative à établir entre genres discursifs et discours rapporté est donc bien à double direction. Mots-clefs : Discours rapporté – Analyse du discours contrastive – Genres discursifs – Journal télévisé – Guide parental Sémiotique textuelle du genre. La généricité des albums d’enfance Nicolas Couégnas A partir de l’analyse du corpus des albums d’enfance, textes à la fois très spécifiques et présentant un très fort air de famille, sont posées les bases d’une sémiotique textuelle du genre. Cette approche, à la fois sémiotique et textuelle implique que l’on s’intéresse à la force des prescriptions génériques en synchronie et à leurs effets au plus près de la textualité. Dans cette perspective, le genre est caractérisé comme une instance de hiérarchisation des composantes textuelles, et l’on aboutit ainsi à un arbre générique des albums d’enfance, qui traduit les relations hiérarchiques déterminées par le genre. On distingue un socle générique, présent dans tous les albums, puis à partir de ce socle plusieurs ramifications qui correspondent aux trois modèles élémentaires avec lesquels composent tous les albums d’enfance : le modèle du conte, le modèle de la boule de neige et le modèle de la surprise. L’arbre générique est enfin organisé sous la forme générale d’un  gradient  de  généricité, qui enregistre les différentes contraintes pesant sur les textes, déployées entre le pôle de la plus grande généricité et le pôle de la plus grande singularité. Mots-clefs : Sémiotique textuelle – Sémiotique de la littérature jeunesse – Sémantique textuelle – Gradient de généricité – Genre – Albums d'enfance La notion de tradition discursive : une perspective diachronique sur les genres textuels et sur les phénomènes de fréquence textuelle Sylvain Loiseau De nombreuses notions rendent compte de l’appartenance des textes à des types qui expliquent leurs propriétés communes – par exemple les notions de genres ou de types de textes. Cet article propose une comparaison de différentes notions proposées. On peut montrer que chacune met l’accent sur un critère typologique différent : les textes peuvent être regroupés par exemple en fonction de proximités formelles, fonctionnelles ou sémiotiques. L’article présente une notion de tradition discursive, élaborée dans le cadre de la romanistique allemande et depuis un point de vue diachronique. Cette notion met au premier plan les phénomènes de traditionnalité, c’est-à-dire le fait que les textes soient le résultat de reprise et d’imitation de modèles. À ce titre elle intéresse particulièrement à la description des faits de fréquences dans les textes. Mots-clefs : Genre – Tradition discursive – Typologie textuelle – Linguistique textuelle – Types de texte – Fréquence Genre et textualité lyrique : l’impossible modélisation comme indice de transgénéricité Sandra Glatigny Au cœur des traditions critiques, les termes « lyrisme », « lyrique » semblent appliqués indifféremment à des textes présentant pourtant des différences énonciatives, stylistiques et formelles extrêmement importantes. L’hétérogénéité est telle qu’il semble difficile de sélectionner un modèle pour définir le genre lyrique. Contrairement au dramatique et à l’épique, il ne paraît pas être une catégorie issue de la convergence entre un modèle théorique et un ensemble des textes similaires. Le lyrisme semble échapper à un tel régime et s’inscrire davantage dans une logique transversale que dans une logique verticale. Le double mouvement, inductif et déductif, des textes aux modèles et des modèles aux textes, conduit à l’échec dans la mesure où il renvoie toujours à une vision partiale et partielle tant d’un point de vue théorique que textuel. Notre hypothèse est que le lyrisme suit un autre fonctionnement et que l’on peut le définir comme principe transgénérique. En effet, il se nourrit de la textualité des autres genres pour construire un modèle en perpétuel devenir. Dépourvu de repères stables, le lecteur doit construire dans le même temps le texte et son métatexte. Cette relation singulière fonde l’originalité du lyrisme qui modifie les axes communicationnels, les frontières génériques et les discours théoriques. Loin de s’appliquer uniquement à la littérature moderne, l’approche transgénérique permet de sortir du système générique traditionnel pour saisir la particularité du lyrisme, qui, défiant les classifications et les traditions, tire sa richesse de son impossible modélisation. Mots-clefs : Lyrisme – Impossible modélisation – Transgression textuelle et métatextuelle – Transgénéricité – Vecteur émotionnel Un genre de discours miniature : pour un modèle de l’anecdote Karine Abiven L’anecdote est un genre de récit courant dont on gagne à étudier les propriétés formelles et les usages discursifs, car elle permet la connaissance de plusieurs fonctions narratives : l’exemplarité morale ou l’usage pédagogique des exemples, les processus inductifs dans l’argumentation, la digression, la caractérisation, etc. La compétence générique qui permet de reconnaître l’anecdote et de l’interpréter repose sur un certain nombre de faits de langue récurrents, qu’on se propose de décrire ici, en définissant un prototype de la séquence anecdotique. Fondé sur un sondage dans de vastes corpus narratifs des XVIIe et XVIIIe siècles (Vies, Mémoires, comme ceux de Saint-Simon, recueils d’anecdotes), ce modèle sert à découper des brèves séquences à l’intérieur de longs récits : cette méthode, venue de la linguistique textuelle, permet de rendre compte de l’hétérogénéité des textes (y compris s’ils paraissent tout uniment de type narratif). On insiste ici en particulier sur les procédés d’encadrement du micro-récit : en ouverture de séquence, l’entame par « un jour », l’annonce, le résumé, et en clôture, la chute et le commentaire. Mots-clefs : Anecdote – Récit – Linguistique textuelle – Séquence – Genres de discours – Genre des Mémoires – Prototype – Cadratif. « Genre » ou « type » de discours ? Une dimension à explorer pour l’étude du langage dans des situations de travail Magali Husianycia En faisant appel à certaines études majeures, nous nous positionnerons tout d’abord sur les notions de « genre » et de « type » en lien avec notre problématique de recherche qu’est la caractérisation de types de discours en situations de travail. Nous expliquerons pourquoi nous employons « genre professionnel » pour parler de l’ensemble des discours réalisés en situation de travail et « types de discours » pour désigner les différents discours qui se manifestent au sein du genre professionnel. Nous présenterons ensuite notre méthodologie d’analyse fondée sur un découpage séquentiel des discours que nous avons développée pour l’analyse de notre corpus constitué d’une quarantaine d’enregistrements de discours en situation de travail. Cette méthodologie s’appuie sur deux notions essentielles que nous préciserons : celle de « séquence » inspirée de J.-M. Adam (1992) et celle de « type linguistique » inspirée de J.-P. Bronckart (1997). Avec comme illustration quelques unes de nos analyses, nous montrerons donc qu’au sein de ce genre professionnel, se manifeste trois grands types de discours : langage sur le travail, langage comme travail, langage dans le travail. Mots-clefs : Genre professionnel – Types de discours – Types de séquence – Types linguistique – Situations de travail. Statut et usages de la notion de genre en didactique(s) : retour sur quelques propositions Yves Reuter Dans cet article, l'auteur étudie les intérêts de la notion de genre en didactique. Pour ce faire, il revient sur les éléments qui avaient amené le laboratoire Theodile à constituer cette notion comme objet central de son séminaire. Il expose les principes de construction de cette notion qui lui semblent indispensables dans un cadre didactique et les usages qui en ont été effectués. Il conclut en indiquant les problèmes méthodologiques auxquels cette notion amène le chercheur à se confronter ainsi que les pistes de recherche qui lui paraissent les plus prometteuses. Mots-clefs : Genre – Genre scolaire – Genre pédagogique – Genre disciplinaire – Genre didactique. La dissertation : un genre scolaire argumentatif ? Nathalie Denizot La dissertation est actuellement définie par les textes officiels comme un genre argumentatif. Or, son apprentissage est, dans les manuels destinés aux classes des lycées, déconnecté des genres argumentatifs au programme, et en réalité peu tourné vers l’argumentation. C’est ce paradoxe qu’explore cet article, en remettant en perspective le genre scolaire actuel « dissertation » dans son histoire lointaine et plus récente, de la fin du XIXe siècle à nos jours. On s’intéresse tout d’abord aux composantes historiques du genre, marqué par ses relations avec l’explication de textes et par son héritage rhétorique. On montre ensuite les tentatives de reconfigurations du genre : une première autour de l’essai, puis une seconde à travers l’émergence de l’argumentation comme champ disciplinaire autonome. On tente ainsi de mettre en évidence les phénomènes de sédimentation propres aux objets scolaires, corrélés à des processus de contamination des exercices, pour enfin clarifier la saisie de la dissertation en tant que genre  Mots-clefs : Dissertation – Composition française – Genre scolaire – Argumentation – Essai – Discussion – Objet disciplinaire Les Misérables   dans les manuels de français de 4e, entre fiction romanesque et fiction historique Rosine Galluzzo-Dafflon, L’article étudie les choix de transposition didactique à l’œuvre dans cinq manuels de français de 4e publiés en 2011 qui consacrent l’un de leurs chapitres à l’étude des Misérables  examine la légitimité de la transposition didactique de ce roman, assez récurrente dans les manuels de 4e, à l’aune des textes officiels en vigueur. Un repérage des documents historiques communiqués, des lectures complémentaires offertes, de l’importante iconographie qui « accompagne » le texte littéraire ainsi que l’étude des portraits de deux personnages privilégiés permettent de montrer que les chapitres consacrés aux Misérables  l’hybridité qui caractérise les fictions historiques. En effet, leurs appareils didactiques conjuguent assez diversement deux orientations d’étude sensiblement divergentes : un parcours littéraire centré autour du personnage de roman ; l’explicitation des idéaux de l’auteur, des éléments historiques ou sociaux qui lui confèrent une valeur documentaire. La nature et la part réservée aux autres activités de la classe de français (écriture, étude de la langue), qui invitent à privilégier le premier parcours, permettent de déterminer les conditions didactiques nécessaires à une appropriation aussi bien littéraire qu’historique de l’œuvre. Sont alors plus particulièrement soulignés les éléments qui, dans le déroulé de ces chapitres, permettent — ou permettraient — d’établir des collaborations entre les enseignements d’histoire et de français. Mots-clefs : Fiction historique – Hybridité – Transposition didactique – Portrait – Interdisciplinarité Genre, généricité et compétence lectoriale Estelle Riquois En classe de français langue étrangère, le texte littéraire a parfois mauvaise presse. Pourtant, il peut permettre à l’apprenant de pratiquer la langue qu’il apprend, de se perfectionner et de devenir un véritable lecteur en langue étrangère, disposant d’une compétence lectoriale efficiente. La transposition des stratégies de lecture de la langue maternelle vers la langue étrangère n’est toutefois pas automatique et il est nécessaire de développer de nouvelles stratégies par l’acquisition de savoirs et de savoir-faire spécifiques. Dans cette perspective, le genre et la généricité d’un texte littéraire apparaissent comme des outils indispensables pour adopter une posture de lecteur, pour pouvoir interpréter un texte et s’inscrire dans l’horizon d’attente créé par l’auteur. L’exemple du roman policier nous permettra d’aborder une proposition de séquence pédagogique réalisée dans une classe. Mots-clefs : Compétence lectoriale – Stratégies de lecture – Généricité – Roman policier – Genre littéraire L’approche par genres discursifs dans l’enseignement du français langue étrangère et langue de scolarisation Jean-Claude Beacco Cet article argumente à nouveau pour une organisation par genres de discours de l’enseignement du français comme langue étrangère et du français comme langue de scolarisation, en tant que vecteur des connaissances dans les matières scolaires autres que « le français ». On y rappelle que tout locuteur dispose d’un répertoire de discours, souvent dans différentes langues, que l’enseignement a pour finalité de valoriser et de développer. L’apprentissage d’une langue étrangère implique la maîtrise d’un nouveau code linguistique mais il est aussi l’entrée dans une nouvelle communauté de communication, spécifiée culturellement par ses genres verbaux. L’accès aux savoirs est aussi une entrée dans des communautés scientifiques qui disposent de formes discursives propres pour exposer, discuter et diffuser les connaissances. Dans ces deux cas, la didactique a pour responsabilité de faire percevoir aux apprenants le « dépaysement discursif » que constitue l’apprentissage et de leur donner les moyens de maîtriser des formes discursives qui ne font pas partie de leur expérience immédiate de la communication. Mots-clefs : Genres de discours – Répertoire linguistique – Communauté de communication – Langue étrangère – Discours scientifiques Retour sur le classement des genres à enseigner. État des lieux et tentative de clarification Ecaterina Bulea Cette contribution propose d’abord un examen rétrospectif de certains aspects de la mise en œuvre, dès les années 1980, de la démarche de diversification des genres textuels, en rappelant la teneur des demandes sociales à l’origine cette démarche, en reformulant les principaux problèmes que posaient les classifications théoriques des textes, et en relevant les tendances majeures des adaptations didactiques de ces classifications. Dans la deuxième partie, est proposé un exemple concret de la situation actuelle en ce domaine pour ce qui concerne la Suisse romande, sur la base de l’analyse des orientations formulées, d’une part dans le document officiel de cadrage général de l’enseignement du français en vigueur (Plan d’Etudes Romand), d’autre part dans l’un des manuels en usage. Suite à ces deux types d’analyse, sont formulées pour clore quelques propositions de clarification théoriques, terminologiques et didactiques. Mots-clefs : Genres de textes – Classifications – Typologies – Adaptations didactiques – Types de discours – Séquences Types, genres et généricité en débat avec Jean-Michel Adam Driss Ablali Cette contribution porte sur trois catégories descriptives, type, genre et généricité, telles qu’elles ont été mises en place dans les travaux de Jean-Michel Adam pour voir comment sa pensée textualiste évolue dans le temps. Le fil du temps sera sous-tendu par une question transversale : les concepts « tiennent et tombent » avec leur socle épistémologique. C’est sur la base de ce principe que nous soutenons que les soubassements épistémologiques du projet textualiste d’Adam n’ont pas un enracinement fort dans une méthodologie ou un appareil théorique stabilisé. C’est ce point que nous développons dans la première partie à partir et autour des trois catégories descriptives en question pour montrer que leur force heuristique demande un cadre de pensée théorique fort pour garder leur complexité, entre texte et discours. Le deuxième point évoqué est celui de la transversalité des six propositions qu’Adam et Heidmann posent comme fondation généralisable pour l’étude de la généricité à partir d’un seul discours, le discours littéraire. Troisième et denier point est celui de la place des corpus dans une caractérisation multi-sémiotique des genres. C’est dans cette dernière partie que nous avancerons quelques idées encore à l’état embryonnaire afin de montrer que les composantes du texte ne peuvent être décrites de façon isolée pour interpréter le genre. Car le genre est une interprétation qui exige de la cohérence là où n'existe qu'un ensemble de variables autonomes et dispersées : c’est l’interprétation comme principe qui unifie des composantes textuelles disparates. Mots-clefs : Épistémologie – Genre – Corpus – Co-occurrence auto-constituante – Interprétation Question de genre et de stratégie discursive : quand la polémique rend le « débat » impossible Jean-Michel Adam Cet article est un droit  de  réponse  au texte de Driss Ablali accordé par la revue  Pratiques  à Jean-Michel Adam. Ce dernier démontre que, tout en se donnant les apparences d’un article instaurant un débat scientifique à propos des concepts de types, de genres généricité, toute la première moitié du propos de D. Ablali ne porte pas sur ces trois concepts, mais s’emploie à mettre en cause les fondements épistémologiques de toute l'entreprise scientifique de J.-M. Adam. Étudiant le genre de l’article qui l’attaque, celui-ci démonte le choix de modalités discursives polémiques qui ne relèvent pas de la discussion scientifique et qui empêchent tout réel débat scientifique. Mots-clefs : Débat – Polémique – Controverse – Dispute – Genres de discours LE CRU ET LE LU. Ethnocritique d’un album pour la jeunesse, Le Géant de Zéralda Marie-Christine Vinson Le Géant de Zéralda  de Tomi Ungerer est un classique de la littérature de jeunesse. Pour analyser le processus de socialisation que nous propose ce récit littéraire d’un rite d’apprentissage, nous nous sommes intéressée dans un premier temps à la structure culturelle des lieux imaginaires : la ville, univers urbain et clos de la pensée domestiquée ; le monde de l’ogre, un ailleurs abandonné aux forces de la pensée sauvage ; le monde de l’héroïne, Zéralda, un univers protégé qui n’est pas soumis aux oppositions tranchées du sauvage et du familier mais où les éléments passent d’un lieu à un autre (domus, campus, saltus) et peuvent se « désensauvager ». Sur le chemin des passages obligés, l’ogre et la fillette se rencontrent : ils ont besoin l’un de l’autre pour que précisément le rite de passage s’accomplisse. Le travail d’initiation se présente alors comme une nécessaire coopération où chacun va apprendre à agir selon son registre. Pour faire avancer l’ogre sur le chemin du rite, les deux adjuvants utilisés par Zéralda sont l’art du cuit et la littératie. Il faut que l’ogre se détache de l’oralité native pour accéder à l’ordre graphique. Si la coexistence pacifiée du domestiqué et de l’ensauvagé est inscrite dans la dernière image, on ne sait pour combien de temps : l’un des enfants du couple tient une fourchette et un couteau dissimulés dans son dos, signalant que la lignée des ogres n’est pas éteinte… La fin s’affiche comme une fin sans fin. Si un rite biographique ne saurait se répéter, le récit littéraire lui peut être lu et relu tant qu’il y a chez le jeune lecteur appétit de rite. Mots-clefs : Littérature de jeunesse – Album – Conte – Socialisation – Rite de passage – Initiation – Rite d’institution – Oralité – Litteratie.   HAUT DE PAGE       -        N° 157/158 © CRESEF - Tous droits réservés