n° 155/156
« Lexique et écriture  »
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format PDF Portrait des erreurs lexicales d’élèves de 3e secondaire en production écrite et proposition de pistes didactiques Dominic Anctil Bien que les enseignants se plaignent souvent du manque de vocabulaire des élèves, la recherche en didactique s’est peu intéressée à la dimension lexicale de leurs productions écrites. La présente étude consiste en une analyse des erreurs lexicales relevées dans un corpus de 300 textes d’élèves francophones de 3e secondaire (14-15 ans). En nous appuyant sur la Théorie Sens-Texte, nous délimitons clairement la notion d’erreur lexicale, notion fuyante à cheval sur la syntaxe et la grammaire, et proposons une typologie descriptive des erreurs des élèves. L’analyse révèle un total de 1144 erreurs lexicales, dont la moitié sont des problèmes liés au sens et à l’emploi de termes familiers. Nous constatons un nombre important d’erreurs lexicosyntaxiques ou liées au genre et à l’invariabilité. L’analyse des annotations des enseignants nous montre qu’une faible proportion des erreurs lexicales des élèves sont relevées ou pénalisées lors de la correction. À la lumière de ces informations, nous proposons quelques pistes didactiques pour l’enseignement du lexique au cours secondaire. Mots-clés : erreur lexicale – production écrite – secondaire – théorie sens-texte – combinatoire – correction Vides lexicaux et stratégies de remédiation dans l’interlangue française d’apprenants néerlandophones Pascale Hadermann, Ariane Ruyffelaert Cette contribution vise à décrire la maîtrise du vocabulaire français par des étudiants universitaires néerlandophones et se concentre plus spécifiquement sur les lacunes lexicales qui persistent dans leurs productions écrites, sur les stratégies qu’ils exploitent pour y remédier ainsi que sur les traits qui semblent influencer le choix de la solution. Nous serons ainsi amenées à analyser l’emploi de périphrases et de termes génériques, tout comme l’influence intralinguistique et le poids du moule de la langue maternelle, le néerlandais. Afin de corroborer nos hypothèses, nous ferons une brève comparaison avec quelques narrations rédigées par des locuteurs natifs du français. Mots-clés : français L2 – difficultés lexicales – apprenants intermédiaires à pré-avancés Apprentissage du lexique et genres de discours Stéphanie Pahud La présente contribution argumente, par le recueil d’expériences de scripteurs apprenant le français et par la présentation d’une séquence didactique orientée sur la production écrite, la nécessité de connecter l’apprentissage du lexique à une découverte des conventions génériques présidant à la composition et à l’interprétation de tout texte. Elle rend compte dans un premier temps des apports de la pratique de la biographie langagière en termes de développement de nouvelles stratégies d’acquisition/apprentissage ; elle montre que cette activité métalinguistique est notamment un moyen d’amener les apprenants à une conscience accrue des variantes sociolinguistiques qu’ils s’approprient au sein d’une langue seconde. Elle présente dans un second temps une activité de production écrite centrée sur le genre « déclaration d’amour ». La description de ces deux activités permet de nourrir l’hypothèse globale que faire découvrir aux apprenants un panel de textes illustrant un genre particulier avant de leur faire rédiger une production de même nature est une source de développement tangible de leur compétence lexicale. Mots clés : genres discursifs – giographie langagière – français langue étrangère – appropriation du lexique – variations sociolinguistiques Questionnements croisés sur le sens et la phraséologie : lexique et axe syntagmatique dans la perspective de l’analyse du discours Marie Veniard Cet article aborde le lexique sous son angle syntagmatique et pose la question du rapport entre phraséologie et sens en usage. Pour ce faire, nous croisons les acquis de deux approches qui traitent, plus ou moins directement, de ces questions : la linguistique de corpus anglaise, plus spécifiquement l’école contextualiste regroupée autour de J. Sinclair et l’analyse du discours de tradition française. Ces travaux mettent en évidence les déterminations syntagmatiques, syntaxiques, textuelles, énonciatives et pragmatiques du sens en usage, ce dont nous rendons compte grâce à la notion de profil lexico-discursif d’une unité lexicale en contexte. Cette notion est illustrée par trois exemples. Après avoir posé ces fondations épistémologiques et théoriques, nous concluons par des réflexions didactiques sur l’importance de la phraséologie dans l’accès au sens en FLE et par des propositions d’activités. Mots-clés : lexique – phraséologie – analyse du discours – école contextualiste britannique – profil lexico-discursif Au carrefour des pans de cohésion textuelle : les variations lexicales
du Règne de l’esprit malin, de C. F. Ramuz Vincent Verselle L’article prend comme corpus des passages extraits de plusieurs versions publiées d’un roman de C. F. Ramuz, Le Règne de l’esprit malin, en observant plus précisément des opérations de réécriture où un lexème est substitué à un autre. Par là, il s’agit de montrer que, malgré leur caractère localisé, ces variations n’affectent pas le sens d’une manière « locale », à un niveau strictement syntagmatique ou propositionnel, par exemple, et qu’elles révèlent au contraire dans quelle mesure les choix lexicaux procèdent d’une élaboration textuelle du sens. En d’autres termes, l’étude de telles variations offre une perspective sur les différents lieux ou niveaux où se joue la cohésion textuelle, lieux dont les frontières – plus ou moins étanches – sont redessinées par chaque substitution lexicale. Au vu du type d’unités linguistiques considérées ici, c’est principalement la dimension sémantique de cette cohésion qui est mise en jeu par la variation, et dont on aperçoit alors la stratification. Mots clés : variation lexicale – cohésion textuelle – isotopie sémantique – style – présupposition Indicateurs lexicaux dans les textes de comparaison
et de problème-solution produits par des élèves de 8-9 ans Renée Gagnon, Hélène Ziarko Cet article rend compte des résultats d’une analyse prédicative visant à comparer les unités lexicales utilisées par des élèves de 8 et 9 ans pour écrire un texte de comparaison et un texte problème-solution. L’analyse a mis en évidence, entre autres, la capacité des jeunes scripteurs à utiliser le lexique de façon différenciée selon le type de textes à produire. Ainsi, par exemple, dans les textes de comparaison, on observe souvent que les élèves ont eu recours au verbe ou à l’adjectif pour établir le lien entre chacun des référents comparés et une propriété. Par contre, ils ont peu utilisé de marqueurs de relation pour signaler explicitement la comparaison. Dans les textes problème-solution, les élèves ont été en mesure de mobiliser des couples de verbes « causatifs-résultats » pour établir l’adéquation de la solution par rapport au problème posé ainsi que des marqueurs de relation sans lesquels les relations de causalité demeureraient implicites. Mots-clés : textes informatifs – unités lexicales – ressources lexicales – prédicat/argument – proposition sémantique Une étude de cas : le lexique d’une classe de cours préparatoire en ZEP Marceline Laparra Au travers d’une étude de cas – observation de l’étendue et de la composition du vocabulaire écrit d’une classe de CP de ZEP – peut-on déterminer les contraintes présentes dans toutes les classes qui pèsent sur les enseignants quand ils opèrent des choix lexicaux et quel en est le poids respectif d’une classe à une autre ? L’analyse de ce vocabulaire conduit à penser que si son étendue et sa structure interne ne posent que peu de problèmes lors des apprentissages scolaires en CP, il n’en va pas de même pour la suite de la scolarité : c’est en effet moins le nombre de mots inconnus à introduire et leur nature qui font question que la manière dont s’effectue le travail sur les termes déjà connus des élèves et leur articulation avec des termes nouveaux. Mots clés : didactique du vocabulaire – connaissances lexicales – apprentissage de la lecture – facteurs de sélection du vocabulaire – étude de cas Un enseignement structuré du lexique dès la maternelle
au service de l’écriture Marie-Noëlle Roubaud, Marie-José Moussu L’objectif de la recherche est de présenter un dispositif innovant en matière d’enseignement du lexique, expérimenté dans quatre classes de grande section de maternelle (enfants de 5-6 ans). Ce dispositif repose sur cinq principes débouchant sur une démarche bien spécifique : dresser un état des connaissances des enfants sur un mot de la langue, les amener grâce aux interactions verbales et aux recherches dans les textes à modifier leurs représentations, les aider à catégoriser le lexique et ainsi accéder au métalangage et enfin les conduire à contextualiser le mot dans des activités de lecture et d’écriture. La recherche montre que la mise en place d’un enseignement structuré du lexique dès l’école maternelle permet non seulement l’acquisition d’un nouveau lexique par l’élève mais aussi la mise en place d’opérations cognitives transférables à de nouveaux mots. Ce sont ces procédures et ces opérations d’encodage lors de séances ritualisées qui vont aider l’élève à mieux comprendre les textes littéraires et à mieux les écrire. Mots-clés : enseignement du lexique – enfants de 5-6 ans – dispositif d’enseignement ritualisé – entrée dans la grammaire – textes littéraires Favoriser l'accès lexical en situation de production écrite Anne Sardier Les liens entre lexique et production écrite soumettent fréquemment l'un à l'autre ces deux domaines de l'enseignement du français. Pourtant l'acquisition du lexique s'effectue de manière concurrente en compréhension, en production, de l'oral à l'écrit. Comment faire alors pour que la production orale et les interactions verbales influent sur la production écrite et l'acquisition du lexique ? Une première partie, en rappelant les éléments structurant l'appropriation lexicale, pose le problème de la construction de la référence et de la prise en compte de la dimension syntagmatique dans l'enseignement-apprentissage du lexique. Une deuxième partie, en analysant une expérience en classe de 6e qui porte sur un travail lexical relatif aux épithètes homériques, montre comment la production écrite détermine l'accès lexical et de quelle manière les interactions verbales menées lors des activités consacrées au lexique favorisent l'accès lexical en situation de production écrite. Mots-clés : lexique – didactique – accès lexical – production écrite – interactions verbales – réemploi Mémoire narrative et performances lexicales
(un conte gabonais entendu puis réécrit par des élèves de seconde) Christine Vénérin-Guénez L’article, sur la base d’une recherche plus large portant sur les procédures de textualisation employées par de jeunes scripteurs et le travail de mémorisation, recense les choix lexicaux opérés par des élèves de seconde. Le corpus étudié (42 productions) est constitué de récits de restitution d’un conte gabonais entendu, en rappel immédiat et en rappel différé. L’analyse permet d’observer les stratégies lexicales adoptées pour reformuler (globalisation, généralisation, synonymie), les traces de défaillance mnésique et de comparer les mots choisis dans les deux versions. Plusieurs indicateurs laissent penser que l’hypothèse initiale de recherche est juste : le scripteur se souvient davantage de l’histoire telle qu’il l’a écrite que de celle du texte-source. Mots-clés : récit – mémoire – textualisation – re-lexicalisation – synonymie Influence de l'enseignement du lexique en familles de mots
sur la constitution du lexique orthographique Véronique Rey, Leila Lions, Sandra Radmacher A partir d’un cadre théorique postulant l’importance, lors de l’enseignement de l’orthographe lexicale, de la distinction entre écriture lexicale prédictible (phonologiquement et morphologiquement) et écriture lexicale aléatoire (information orthographique strictement visuelle), les auteurs examinent les résultats des élèves de 6e et de 5e à l’aide d’un protocole d’exercices d’entraînement de la morphologie lexicale. Deux groupes d’enfants sont comparés : un groupe ayant reçu un entraînement morphologique et un groupe ayant reçu un entraînement strictement visuel. Si au terme de 6 semaines d’entraînement, les deux groupes sont comparables, les deux groupes diffèrent un mois après la fin des entraînements, montrant ainsi l’impact de l’entraînement morphologique sur la mémorisation des formes orthographiques lexicales. Mots-clés : phonologie – morphologie – orthographe lexicale – prédictibilité Réflexions sur la conception d’un nouveau dictionnaire bilingue
français-chinois d’aide à la production du FLE Xinxia WANG Ouvrages de référence indispensables pour les étudiants chinois, les dictionnaires bilingues français-chinois, s’ils ont bien joué leur rôle traditionnel de décodage, laissent beaucoup à désirer au niveau de l’encodage. Afin qu’ils assument mieux leur fonction sur ce dernier plan, nous proposerons dans cet article un nouveau dictionnaire bilingue français-chinois en nous inspirant de quelques éléments de la théorie de la Lexicologie Explicative et Combinatoire (LEC) ainsi que de ses adaptations pratiques. Ce nouveau dictionnaire orienté vers la production en français mettra l’accent sur les rapports paradigmatiques et syntagmatiques contrôlés par les lexies et privilégiera les informations sémantiques, syntaxiques-actantielles et combinatoires lexicales. Elles seront présentées de façon systématique en faisant appel à quelques concepts de la LEC : dérivation sémantique, fonction lexicale, actant sémantique et actant syntaxique, schéma de régime, etc. Mots-clés : dictionnaire français-chinois – enseignement / apprentissage du vocabulaire – production du FLE – relations paradigmatiques – relations syntagmatiques – Lexicologie Explicative et Combinatoire (LEC) La scripturation à l’école Marc Arabyan L’arrêté ministériel du 23 novembre 1956 a mis fin en France à l’enseignement méthodique de l’écriture du CP au CM2, sans que rien ait été mis en place pour compenser ce « manque à apprendre ». Le programme d’écriture alors supprimé formait les enfants à la scripturation en jouant sur les oppositions de dessin (anglaise, scripte, technique), de taille (fine, moyenne, grosse), de pente (droite, penchée) et de sorte (capitale, majuscule, minuscule) que l’on retrouve aujourd’hui en traitement de texte sous la forme de polices, de casses et d’enrichissement qui participent à la mise en page des textes et à la textualité matérielle de l’écrit. Le « manque à apprendre » est devenu un « manque à comprendre » qui joue en défaveur des écoliers pour qui le transfert des compétences de lecture en écriture et d’écriture en lecture est rendu malaisé du fait de leur ignorance de la dimension scripturationnelle de l’écrit. Mots clefs : scripturation – écriture – lecture – matériel graphique non alphanumérique – premiers apprentissages scolaires Théories linguistiques et littéraires et ateliers d'écriture Michèle Monte Dans la première partie nous étudions comment les théories littéraires et linguistiques des années 60, telles notamment qu’elles sont diffusées par les revues Tel Quel et Change, ont légitimé l’apparition des ateliers d’écriture en leur permettant de contester le primat donné à l’expression d’un sens préalable et de valoriser le travail du texte, les rapports intertextuels, le recours aux contraintes formelles. On explique aussi pourquoi les inventeurs d’ateliers étaient pris dans certaines contradictions quant à la place du sujet de l’écriture. Dans la deuxième partie, nous envisageons la situation actuelle des ateliers d’écriture en nous attachant à trois questions : l’extension des ateliers hors du domaine littéraire, le risque d’une récupération scolaire par le biais de la littérature d’invention et l’intérêt d’une collaboration entre chercheurs et animateurs pour une meilleure compréhension des processus d’écriture et réécriture. Mots-clés : ateliers d’écriture – réécriture – contraintes scripturales – rapport à l’écriture – sujet scripteur   HAUT DE PAGE       -        N° 155/156 © CRESEF - Tous droits réservés