n° 137/138
« La didactique du français »
Hommages à Jean-François Halté
 
Le français entre rénovation et reconfiguration Jean-François HALTÉ L’article est à l’origine une communication orale de 1998 et qui a été présentée à Tunis, lors d’un colloque de didactique organisé par A. Chabchoub. La didactique du français y est traitée par Jean-François Halté sur le mode, analogique, d’un paradigme scientifique (Kuhn) qui aurait à régler une crise épistémologique interne. Dès lors l’analyse envisage la discipline d’enseignement du français comme devant opérer un changement de paradigme – de la rénovation à la  reconfiguration –, mais qui, n’y parvenant pas dans la période considérée (1970-1995), affronte les symptômes récurrents d’une crise. Les obstacles au changement tiennent surtout au statut socio-scolaire de la matière qui crée des attentes contradictoires, et à la dichotomie de la matrice disciplinaire –  littérature et langue – dont la coupure historique renforce l’hétérogénéité des objectifs, des méthodologies, des corpus, des savoirs savants et finalement des enseignables. Les processus de la transposition didactique (Chevallard), quand on les applique au français, sont d’autant moins simples que la discipline dispense des savoir faire transversaux (lire, écrire, parler) auxquels viennent se greffer des mécanismes ségrégatifs de normes langagières qui dépassent la configuration strictement interne de la matière. À cet obstacle correspond finalement la difficulté de penser  en globalité la reconfiguration didactique, comme un système solidaire où le programme d’enseignement nécessite un travail de refonte cohérent (dans ses liens internes de discipline composite, et dans ses liens externes avec le système scolaire et la commande sociale). Il ne suffit pas d’aménager un contenu comme simple ajout du nouveau (par exemple la grammaire de texte) sur de l’ancien demeuré inchangé (l’ancienne configuration grammaticale de « la phrase » par exemple), il faut refondre théoriquement et en profondeur toute la matière français, qui aurait désormais comme objet « la réception et la production des discours oraux et écrits » et comme discipline savante d’appui  les sciences du langage, référence  impliquée et non plus modélisante. Mots clés : DIDACTIQUE DU FRANÇAIS – TRANSPOSITION – RÉNOVATION – RECONFIGURATION – MATRICE DISCIPLINAIRE De la configuration didactique au modèle disciplinaire en actes : trente ans de didactique du français avec Jean-François Halté Claudine GARCIA-DEBANC La contribution vise à montrer l’importance du concept de configuration didactique, proposé par Jean-François Halté pour rendre compte de l’agencement des différents domaines à l’intérieur de la discipline Français et notamment de l’articulation et du poids relatif des différents apprentissages (lecture-écriture et enseignement de la langue) comme une spécificité de la discipline scolaire Français. Les configurations didactiques varient selon les époques historiques et Jean-François Halté appelle de ses vœux une reconfiguration de la discipline, dans le sens d’une cohérence configurationnelle. Le concept de configuration didactique est resitué par rapport à celui de transposition didactique. L’article rappelle également les discussions sur les enjeux assignés aux travaux en didactique du français, entre visée praxéologique de lutte contre l’échec scolaire et description scientifique des pratiques d’enseignement et leurs conséquences en matière de méthodologies de recherche. Il montre l’évolution des méthodologies de recherche en didactique du français, en se référant aux travaux de Jean-François Halté portant sur l’oral. A travers la notion de « modèle disciplinaire en acte », proposée pour rendre compte des références sous-jacentes aux pratiques d’enseignement observées, il montre l’intérêt heuristique de la configuration didactique pour interroger la complexité des pratiques de classe mais aussi la nécessité de collecter des observations précises sur la discipline telle qu’elle s’enseigne et non pas seulement telle qu’on demande de l’enseigner. Le glissement du concept de configuration didactique à celui de modèle disciplinaire en acte témoigne ainsi des évolutions méthodologiques de la didactique du français qui est passée d’une focalisation sur les contenus d’enseignement et les savoirs à enseigner à la description et à l’analyse de l’activité enseignante et des objets enseignés dans leur complexité. Mots-clés :  HISTOIRE DE LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS – MÉTHODOLOGIES DE RECHERCHE – TRANSPOSITION DIDACTIQUE – CONFIGURATION DIDACTIQUE – MODÈLE DISCIPLINAIRE EN ACTE La didactique du français : questions d'enjeux et de méthodes Bertrand DAUNAY, Yves REUTER Cet article a pour objet la didactique du français en tant que discipline de recherche et s’attache principalement à trois dimensions constitutives de son identité. La première est son émergence caractérisée par des tensions structurelles (entre engagement militant et visée scientifique, entre exigence théorique et inscription dans la pratique...) et par une lente autonomisation comme champ de recherche, par rapport à d’autres disciplines et à l’institution scolaire. La deuxième dimension est celle des questions méthodologiques qui se posent dans ce champ de recherche, analysées au travers des sources de détermination des objets de recherche (matières d’enseignement, disciplines de références, tradition didactique) ou des types de recherches menées. Les relations avec les autres disciplines constitue la troisième dimension traitée : sont ici mis au jour aussi bien certaines fragilités actuelles de la didactique du français (apports réduits ou manque de spécificité méthodologique ou conceptuelle sur certains aspects...) que certains points forts : approfondissement de la réflexion sur des auteurs de référence dans les sciences humaines, confrontation interdisciplinaires quant aux modes de construction de certains concepts, explication de questions cruciales pour l’enseignement. Mots-clés : DIDACTIQUE DU FRANÇAIS – DIDACTIQUES – DIDACTIQUE COMPARÉE – MÉTHODES DE RECHERCHE – DISCIPLINES DE RECHERCHE – DISCIPLINES SCOLAIRES Didactique de l’écriture : enseignement ou apprentissage ? Caroline MASSERON L’écriture est une question ancienne et centrale dans la réflexion théorique de Jean-François Halté, quand il a conçu et problématisé la didactique de la discipline « français ». L’article s’efforce de montrer la permanence de quelques concepts fondateurs qui ont jalonné la pensée du didacticien : du travail en projet pluridisciplinaire à une conception méta-procédurale de la réécriture, l’objectif demeure d’associer, dans l’apprentissage continué de l’écriture et à des fins de socialisation, un contrôle cognitif du but et des formes du texte à un faire transformateur du matériau langagier. L’évaluation formative et la réécriture jouent un rôle capital dans les dispositifs imaginés. La perspective implicative et synthétique qui est toujours privilégiée (l’élaboration du texte) explique que les faits de langue d’une production écrite d’élève soient de préférence envisagés comme des indices d’énonciation. Mots clés : DIDACTIQUE – ÉCRITURE – PROJET – PRAXIS – TRIANGLE DIDACTIQUE – RÉÉCRITURE – LANGUE Du texte à la langue, et retour : notes pour une « re-configuration » de la didactique du français Jean-Paul BRONCKART Les mouvements de rénovation de l’enseignement du français qui se sont développés depuis un demi-siècle visaient notamment à mieux articuler les approches de la langue et des textes, ou encore à instaurer les conditions d’une re-exploitation efficace des acquis grammaticaux au service de l’expression textuelle. La première partie de cette contribution propose un bilan critique des rénovations entreprises dans les domaines de la grammaire et de l’expression, qui souligne surtout le caractère inabouti, au plan des finalités et des pratiques, de la réforme de l’enseignement grammatical ; bilan qui est assorti d’un examen des positions, diverses et parfois contradictoires, prises ces dernières décennies en ce qui concerne l’opportunité et les conditions d’une meilleure articulation des didactiques de la langue et des textes. La deuxième partie consiste en un détour théorique, qui sollicite d’abord l’œuvre de Saussure pour clarifier les modalités d’articulation des dimensions de l’activité textuelle et de l’organisation des ressources linguistiques (au sein de la langue interne ou de la langue collective) dans le fonctionnement langagier humain ; qui sollicite ensuite l’œuvre de Voloshinov pour montrer que les genres textuels sont le lieu même de la confection et de la transformation permanentes des valeurs des signes langagiers, valeurs dont l’intériorisation est par ailleurs constitutive des représentations proprement humaines ; qui souligne enfin la nécessité d’identifier et de conceptualiser les niveaux intermédiaires de l’organisation textuelle. Sur la base du bilan établi et des références théoriques sollicitées, la troisième partie énonce quatre principes et/ou propositions visant au développement des interactions entre les deux didactiques, en tenant compte de l’état et du contexte actuels de l’enseignement du français. Mots-clés : GRAMMAIRE – EXPRESSION ÉCRITE – LANGUE – GENRES TEXTUELS – TYPES DE DISCOURS L’oral, un enseignement impossible ? Marceline LAPARRA Les théoriciens aussi bien que les praticiens peinent à définir pour l’enseignement de l’oral des objectifs clairs et à préciser les activités et les tâches préconisées pour les remplir. La déclinaison de ces objectifs en termes de compétences à atteindre n’est que peu opératoire et la prédominance des enjeux communicatifs et les difficultés liées à la gestion des interactions et aux phénomènes de variations occultent largement d’autres problèmes, notamment ceux qui relèvent de l’articulation entre l’écrit et l’oral dans les situations effectives de classe. Aux fins de lutter contre l’échec scolaire, il conviendrait sans doute de centrer le travail sur l’oral sur des objectifs langagiers fortement programmés, en abandonnant les conceptions défectologiques qui sont à l’œuvre de manière dominante dans l’enseignement du lexique et de la morpho-syntaxe, et de le faire en régulant les variations diaphasiques propres aux activités scolaires. Mots clés :  ARTICULATION ORAL-ÉCRIT – VARIATIONS DIAPHASIQUES – LANGUE ORALE Théories du changement et variations linguistiques :
la grammaticalisation Bernard COMBETTES Le développement des théories de la grammaticalisation va de pair avec celui, plus général, des études de linguistique historique. On décrit ici les principaux concepts qui caractérisent cette approche du changement linguistique, en insistant d'une part sur les opérations définitoires que sont l'analogie et la réanalyse, ainsi que sur les procédés métaphoriques et métonymiques mis en œuvre. On illustre également les trois grandes directions dans lesquelles s'est diversifiée la notion de grammaticalisation : la conception classique, qui réserve ce type de changement au passage d'une unité du niveau lexical au niveau morphosyntaxique, la variante qui consiste à considérer que la grammaticalisation peut s'opérer à l'intérieur du niveau grammatical, dans les cas de recatégorisation, enfin l'élargissement de la notion, qui prend en compte le domaine discursif et envisage comment des structures textuelles peuvent se fixer dans des formes qui se trouvent intégrées dans la hiérarchisation syntaxique de l'énoncé. Sous leur diversité, ces diverses approches de la grammaticalisation présentent un intérêt pour la didactique du français dans la mesure où elles permettent de prendre en compte les phénomènes de variation sans qu'ils soient considérés comme marginaux. Mots clés : GRAMMATICALISATION – CHANGEMENT LINGUISTIQUE – ANALOGIE – RÉANALYSE – VARIATION Récit (s), figures du sens, littérature et Institution scolaire.
Quelques coups de sonde Frédéric FRANÇOIS On cherche à cerner quelques aspects de la façon dont un texte, en particulier narratif, fait sens comme texte. En écartant tout d’abord la possibilité d’une théorie achevée que le pédagogue n’aurait qu’à appliquer, l’accent est mis sur l’articulation des significations langagières et des significations corporelles, la diversité des temporalités et des ouverts constitutifs du sens des textes. On évoque pour finir quelques-unes des difficultés spécifiques de ce que peut être le « littéraire » dans l’institution scolaire et plus spécifiquement à notre époque. Littératie et didactique de la culture écrite Jean-Louis CHISS Cet article met d’abord en évidence le contexte didactique – celui des années 1980 - dans lequel apparait la notion de littératie. Face au paradigme communicatif qui s’affirme dans l’enseignement/apprentissage de l’écrit, un paradigme cognitif-culturel apparait, influencé par le champ de recherches anglo-saxon connu sous le nom de « literacy » et spécifiquement par les travaux de Jack Goody. L’article examine successivement l’intervention de la littératie dans le débat sur l’échec scolaire, la redistribution des partages entre oral et écrit impliquée par la culture de l’écrit, génératrice de réflexions heuristiques sur l’apprentissage de la lecture, la place de la mémorisation, la conception d’exercices scolaires comme la récitation. C’est ensuite l’ensemble de la structuration scripturale des savoirs et disciplines qui est prise en compte avec l’exemple de la grammaire ouvrant sur les dichotomies scripturalité/textualité et codification/habitus. Enfin, on aborde le regard anthropologique sur la littérature à travers le couple canonisation/individuation. Mots-clés : ORAL/ÉCRIT – LECTURE-ÉCRITURE – SCRIPTURALITÉ/TEXTUALITÉ – SAVOIRS – DISCIPLINES SCOLAIRES – LITTÉRATURE Le genre du texte, un outil didactique pour développer le langage oral
et écrit Joaquim DOLZ et Roxane GAGNON A partir de la présentation de la notion de « genre textuel » et de l’exploration des pistes didactiques qui en découlent, nous répondons à trois questions récurrentes dans les travaux de Jean-François Halté : comment faire de l’oral un objet enseignable ? ; comment penser, dans l’enseignement, l’interaction oral-écrit ? ; comment articuler l’oral « objet à enseigner » et l’oral « outil pour apprendre » ? Le genre textuel est présenté comme un outil d’enseignement-apprentissage pour développer le langage oral et écrit. La démarche didactique sera illustrée par un travail concret sur l’écriture d’une saynète et sur son pendant oral, des improvisations théâtrales servant la planification de l’écrit. Mots-clés : GENRE TEXTUEL – ORAL/ÉCRIT – SÉQUENCE DIDACTIQUE – IMPROVISATION – SAYNÈTE Façons de lire, façons de faire Jean-Marie PRIVAT, Marie-Christine VINSON La tâche scolaire de lecture ne s’accompagne que rarement d’une didactique explicite et systématique qui aiderait à construire des habiletés concrètes d’appropriation des textes (arrêter et reprendre sa lecture, relire, annoter...). Ce déficit dans les médiations textuelles peut, en partie, rendre raison de l’insécurité textuelle et culturelle éprouvée par les jeunes lecteurs qui doivent « domestiquer » des discours écrits, longs et/ou difficiles. Il s’agit donc d’expérimenter en situation réelle d’apprentissage et d’observer des lecteurs scolarisés pour voir comment les tâches habituelles peuvent être dynamisées par une initiation aux « gestes » et « postures » requis par l’affiliation aux habitus graphiques cultivés. Une classe de 6e s’organise en comité de lecture pour choisir deux livres auxquels elle décernera deux prix. Chaque élève se trouve ainsi engagé dans une activité de lecture qui lui demande de lire quatre livres sur une durée de cinq semaines environ. Au cours de cette activité, le jeune lecteur doit suspendre et reprendre sa lecture ; il lui faut baliser le texte lu par des annotations qu’il inscrit sur une feuille ; il est amené à repérer les pages susceptibles d’être sautées pour progresser plus rapidement ; il doit aussi relire des passages plus ou moins longs pour étayer son jugement lors du choix final. Ces différentes situations devraient permettre aux élèves de mettre en œuvre, de développer, d’objectiver et de rationaliser des opérations lectorales à la croisée de la maîtrise pratique et symbolique de l’appropriation des textes. Mots-clés : MÉDIATIONS TEXTUELLES – LIVRES – LIRE ET  RELIRE – ANNOTER – TRAVAILLER EN PROJET – COOPÉRATION ENTRE LECTEURS – COMITÉ DE LECTURE – INTERACTIONS DIDACTIQUES ET APPROPRIATIONS CULTURELLES Place et traitement des genres fictionnels de littérature de jeunesse dans les programmes de l’école primaire de 2007 Anne LECLAIRE-HALTÉ L’article s’interroge sur la façon dont les genres sont traités dans les programmes de l’école primaire de 2007 et la liste des ouvrages de littérature de jeunesse préconisés pour le cycle 3. Il met d’abord en avant, pour suggérer quelques pistes explicatives, une dissymétrie de l’approche générique dans l’évocation des activités de lecture et d’écriture : si le genre est donné comme incontournable pour aider les élèves à cadrer leurs productions écrites, son intérêt semble beaucoup plus relatif pour appréhender les textes lus. On peut s’en étonner quand on connaît l’importance, en matière de réception des textes, de la généricité. L’étude souligne ensuite l’exclusion des « mauvais genres » des textes proposés à la lecture des élèves, la prolifération des étiquettes génériques dans la description des œuvres préconisées, prolifération qui peut conduire à une dilution de la notion de genre et à une réduction de ce dernier à une dimension thématique. Des pistes de recherche sur la question sont enfin proposées : les effets de changement de formation discursive sur les genres fictionnels qui passent du champ de la littérature générale à la littérature de jeunesse, la nécessité de ne pas négliger les genres que les élèves lisent en dehors du cadre scolaire, les phénomènes de transtextualité touchant la littérature de jeunesse, la nécessité d’une approche linguistico-sémiotique de l’album encore trop peu développée. Pratiquesde 1974 à 2007 : présentation du classement des articles et
premiers constats sur les évolutions de la revue Jean-Pierre BENOIT De 1974 à 2007 Pratiques a publié environ 800 articles, corpus si riche qu’il est difficile à utiliser pleinement, malgré les entrées par numéros et par auteurs du site  www.pratiques-cresef.com. Pour mieux en révéler les ressources on en propose un classement par champs, présenté avant sa mise en ligne. Ses occurrences permettent des premiers constats sur les évolutions de la revue sur trois périodes. Jusqu’en 1985 les articles sur la lecture et sa didactique sont plus présents qu’ensuite : elle critique l’obsolescence des savoirs enseignés alors et pour les renouveler théorise, expérimente et diffuse la linguistique textuelle. Entre 1986 et 1997 doublent les articles sur l’écriture et surtout de sa didactique, alors que la décennie suivante est marquée par des rééquilibrages : en « didactique restreinte » les articles sur les interactions entre champs et avec d’autres éléments augmentent sensiblement, comme en « didactique élargie » ceux sur l’histoire de la discipline, la formation de ses professeurs et surtout des comparaisons et analyses de programmes. Pratiques traite de problématiques plus « méta ». Sur l’ensemble, en cohérence avec son projet initial, Pratiques a toujours privilégié les dimensions sociales et socio-culturelles de l’enseignement-apprentissage du français langue première. Mots clés : DIDACTIQUES RESTREINTE ET ÉLARGIE – FRANÇAIS LANGUE PREMIÈRE – PRATIQUES – HISTOIRE DE L’ENSEIGNEMENT   HAUT DE PAGE       -        N° 137/138 © CRESEF - Tous droits réservés Lire les
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