n° 133/134
« Récits et disciplines scolaires »

Le récit, objet disciplinaire en français ?

Bertrand DAUNAY, Nathalie DENIZOT

Par une étude diachronique et synchronique de deux corpus (les instructions officielles françaises et une sélection de manuels), l’article interroge le statut du récit comme « objet disciplinaire » en français. Une première approche vise à décrire la manière dont le genre du récit se constitue dans l’histoire de la discipline : si le récit apparaît comme un genre scolaire très tôt dans les instructions officielles et les manuels, c’est uniquement comme objet de production ; la catégorie générique « récit » n’est en revanche pertinente en lecture que depuis les années 1970, via notamment l’introduction de savoirs narratologiques comme objets d’enseignement. Une deuxième approche permet d’interroger les enjeux d’apprentissage du récit : dans la logique traditionnelle, qui fait du récit une catégorie générique pertinente seulement pour l’écriture, c’est la constitution d’un « réalisme scolaire » qui importe ; dans la configuration didactique actuelle de la discipline « français », l’un des enjeux importants de l’étude du récit est la construction d’une catégorie identifiable, à la croisée des typologies textuelles et discursives et des classifications génériques.

Mots-clés : RÉCIT – DIDACTIQUE DU FRANÇAIS – GENRE – LECTURE – ÉCRITURE – FICTION

Le récit comme accès à la connaissance historique.
Réflexions didactiques sur le récit historique

Marc DELEPLACE

Fondateur de la pratique historique, le récit occupe une place contradictoire dans l’enseignement de l’histoire. Tour à tour vecteur essentiel de la connaissance historique transmise aux élèves, par le biais du discours du professeur, puis décrié avec le cours magistral comme peu propice au développement chez l’élève d’une attitude active dans la construction de son savoir, réhabilité enfin plus récemment comme l’un des moyens d’accès à la connaissance historique.

Partant d’un double constat, celui des caractères du récit historique d’une part, celui de la place du récit dans les programmes et les manuels de l’enseignement secondaire français de l’autre, nous nous proposons de lire quelques récits d’élèves sur la Révolution française afin d’en souligner les différents niveaux d’un fonctionnement somme toute complexe comme moyen d’accès à la connaissance historique pour les élèves.

Récit d'histoire, récit de fiction. Exemple de l'expérience de la guerre

François AUDIGIER, Christophe RONVEAUX

Chacun de son côté et chacun à sa manière, l’enseignement d’histoire et celui de français traitent du récit. Le premier le considère avant tout du point de vue de sa relation avec le référent, le monde dont il parle, lui-même connu par l’intermédiaire des traces du passé ; le second privilégie l’étude du texte en tant que construction particulière selon des procédés liés au genre dans lequel il s’inscrit ou au contexte de sa production. Dans cet article deux didacticiens, l’un de français, l’autre d’histoire, dialoguent ; dans un premier temps, notamment en référence à la production de récit en français et en histoire, ils en posent les spécificités dans chacune des disciplines ; ils dégagent peu à peu des points de rencontre possibles, lesquels intéressent directement le travail en classe. Ils invitent ainsi à une collaboration sur cette forme principale d’expression de l’expérience humaine, forme qui ouvre aussi la question de la culture et de la transmission d’une mémoire collective.

Mots clés : DIDACTIQUE DU FRANÇAIS – DIDACTIQUE DE L’HISTOIRE – RÉCIT – TEXTE – LECTURE – ÉCRITURE – CODISCIPLINARITÉ – SOURCES

De l'usage de récits pour dire l'histoire, la géoggraphie, l'éducation citoyenne

François AUDIGIER

Dans cet article, l’auteur examine le recours au récit comme moyen pour les élèves de donner du sens à des images présentées sans légende. Dans une situation d’enquête individuelle, les élèves étaient invités à classer dix-neuf images selon leur appartenance à une, deux ou trois des disciplines scolaires de sciences sociales que sont l’histoire, la géographie et l’éducation citoyenne, ou encore à aucune. Après avoir présenté quelques-unes des références concernant le récit et les sciences sociales, la compréhension de texte, la conceptualisation dans ces disciplines et ce que ces dernières représentent en termes de compréhension du monde autour notamment du contrat disciplinaire ainsi que quelque particularités de l’image, l’article analyse les propos et arguments de dix élèves, de 12 à 17 ans, au sujet de six images parmi celles qui ont été les plus difficiles à classer. L’auteur met ainsi en évidence, d’une part l’importance de l’appel au récit pour donner du sens aux images afin d’effectuer la tâche demandée et d’argumenter les choix faits, d’autre part les caractères spécifiques que prend cet appel selon chacune des disciplines.

Mots clés : RÉCIT – HISTOIRE – GÉOGRAPHIE – CITOYENNETÉ – DISCIPLINE SCOLAIRE – IMAGE – ARGUMENTATION

Récits dans la classe de mathématiques

Dominique LAHANIER-REUTER

Nous proposons ici une exploration des récits possibles circulant dans l’espace de la classe de mathématiques basée sur la mise en œuvre d’une double classification : récits oraux/récits écrits, récits produits par l’enseignant/par les élèves. En déclinant ensuite systématiquement les différents mondes que ces récits sont susceptibles de convoquer, les durées (longues ou brèves) des contrats de lecture ou d’écriture nous parvenons à une identification des différents genres de récits, étayée d’exemples représentatifs.

Mots clés : RÉCIT – DIDACTIQUE DES MATHÉMATIQUES – CONTRAT DIDACTIQUE – CLASSIFICATION DE CONDUITES LANGAGIÈRES

Les récits en sciences à l’école : première approche

Cora COHEN-AZRIA

Cet article est un travail exploratoire sur la question des récits dans les classes de sciences. En m’appuyant sur une définition ouverte du récit (narration présentant une succession d’événements marqués chronologiquement) j’ai porté mon regard sur diverses données empiriques produites pour les classes ou dans les classes afin d’analyser leurs places, leurs fonctions et leurs spécificités. Différentes formes ont été recensées et étudiées : le récit porteur de données mettant en scène des problèmes scientifiques, le récit d’activité se substituant ou consignant le réel, mais aussi les récits universels et singuliers. Enfin, cet article permet également d’explorer les récits d’histoires des sciences dans les manuels scolaires à travers le temps et les récits construits par les images.

Mots clés : RÉCIT – ENSEIGNEMENT DES SCIENCES – ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES – MANUELS SCOLAIRES – IMAGES

Nature mise en récits

Annette VIEL, Yves GIRAULT

Les collections patrimoniales, les artefacts muséologiques sont présentés depuis maintenant plus d’un siècle selon une trame narrative, dont la forme elle-même n’a cessé d’évoluer. Après avoir, dans le cadre de notre approche analytique, mis tout d’abord l’accent sur un ancrage, tant historique qu’épistémologique, nous décrivons de nouvelles manières de présenter la nature, non seulement selon le traditionnel paradigme éducatif, mais bien plus et surtout dans le cadre du paradigme interprétatif qui nous conduit à reformuler les questions de réception du récit scientifique par les visiteurs. Enfin nous analysons la contribution du récit muséologique comme vecteur d’une expérience citoyenne.

Mots clés : RÉCIT – NATURE – EXPOSITION – INTERPRÉTATION – REPRÉSENTATION

Place et statut du récit dans « les écrits intermédiaires » à l’école : carnets de lecture, carnets d’expériences et d’observations

Marie-France BISHOP, Claire DOQUET-LACOSTE

Cet article s’interroge sur la présence de récits dans les écrits intermédiaires des élèves, à partir d’un corpus de carnets de lecture et de science provenant d’une classe de cycle 3. Il s’agit de mettre en relation la réflexivité, qui est l’un des enjeux visés à travers les écrits intermédiaires, et la narration comme forme réputée médiatrice de la pensée sur soi ou sur des objets du monde. Dans ce but, différents éléments mis en jeu sont interrogés. Tout d’abord, les objectifs et les utilisations des écrits intermédiaires sont précisés à la lecture des textes officiels de 2002. Ensuite, l’origine d’un lien entre récit et réflexivité est recherchée dans différents domaines des sciences humaines faisant appel au récit. Puis, pour analyser le corpus, c’est la notion de récits qui est précisée, à l’aide des catégories définies par J.-P. Bronckart. Pour finir, un essai de catégorisation des modalités réflexives dans les carnets des élèves est proposé. Le croisement de ces différentes entrées conduit à constater que les récits ne sont pas particulièrement employés dans les écrits intermédiaires, on en trouve des formes différentes, telles que les récits rétrospectifs. De plus, la finalité des écrits intermédiaires variant selon l’axe disciplinaire auquel ils appartiennent, les élèves n’utilisent pas de manière systématique les mêmes ressources linguistiques selon les disciplines.

Mots clés : RÉCIT ET RÉFLEXIVITÉ – ÉCRITS INTERMÉDIAIRES – ÉCRITS RÉFLEXIFS – CARNETS DE LECTURE – CARNETS DE SCIENCES – RÉCITS RÉTROSPECTIFS

Ecrire le journal intime d'un personnage du XVIIIe siècle.
Une expérience interdisciplinaire en classe de quatrième

Jean-François INISAN, Olivier CHARDON, Fabienne ROELENS

Le but premier de l’article est de rendre compte d’une expérience interdisciplinaire en Français et Histoire-Géographie au Collège, qui se traduit pour les élèves par l’écriture du journal intime d’un personnage vivant au temps de la Révolution Française.
Plus précisément, il s’agit d’analyser les réussites et difficultés des élèves quand ils sont confrontés à la réalisation d’une tâche d’écriture d’invention qui met en jeu l’intégration d’un référent historique.
Au-delà, il s’agit d’en tirer des enseignements pour différentes formes de reconduction de l’action elle-même, pour l’analyse des problèmes prototypiques liés au travail interdisciplinaire, plus largement enfin pour les contributions possibles de l’écriture d’invention à la construction des connaissances.

Mots-clés : ÉCRITURE D’INVENTION – PERSONNAGE – SIMULATION – INTERDISCIPLINARITÉ – FRANÇAIS – HISTOIRE-GÉOGRAPHIE – CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES – ANALYSE DE PRODUCTIONS ÉCRITES D’ÉLÈVES

Lire  L’Iliade et L’Odyssée en français et en histoire en classe de sixième. Quelles interactions d’une discipline à l’autre ?

Vincent BONNEFILLE, Arielle NOYÈRE

Au collège, le professeur de français et le professeur d’histoire travaillent sur des textes communs, littéraires pour l’un, patrimoniaux pour l’autre. Ainsi, en sixième, la découverte de l’héritage antique est inscrite à la fois aux programmes de français et d’histoire. Le dispositif présenté ici propose un exemple de rapprochement des disciplines et de réflexion commune autour de la lecture des récits homériques et de la notion de héros. La différenciation et la mise en relation des textes, leur contextualisation et la reconnaissance de leur statut et de leur fonction à travers le temps sont des compétences qui se construisent progressivement dans l’interaction entre les activités de français et d’histoire. Mener avec les élèves des activités communes ou complémentaires dans les deux disciplines peut être une façon pertinente de rendre visibles les points communs et les différences entre les objets d’enseignement, de mettre en cohérence les disciplines et de favoriser l’acquisition des connaissances et la structuration intellectuelle.

Mots-clés : RÉCIT – HISTOIRE – INTERDISCIPLINARITÉ – INTERACTIONS LECTURE-ÉCRITURE – CONTEXTUALISATION – HÉROS – TEXTES FONDATEURS

  

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